Pourquoi les femmes n’écrivent-elles pas leur biographie ?

Elles semblent ne pas oser se raconter, ne pas désirer partager leur parcours dans un récit. On pourrait penser que c’est par humilité, ou par manque de temps (oui les femmes sont très occupées). Mais la raison est sans doute plus subtile, et plus fondamentale à la fois.

Les biographies de dirigeants et d’entrepreneurs sont à contrario assez nombreuses en France comme aux Etats-Unis. On peut citer l’autobiographie d’Antoine Riboud « le dernier de la classe », ex PDG de BSN devenu Danone, puis celle d’Emmanuel Faber « ouvrir une voie » et des récits comme « la passion de créer » de Paul Ricard, rappelant « la passion créative » de Bernard Arnault, ou le « Trigano loves you », véritable saga Club Med, jusqu’à « une vie choisie » de Marc Simoncini, fondateur de Meetic. Pour n’en citer que très peu mais sans oublier « Let my people go surfing » d’Yvon Chouinard, fondateur inspiré de Patagonia, au départ écrit pour ses employés et qui est devenu un manuel de capitalisme éthique bien inspirant…


C’est un fait : il n’y a que très peu de biographies de femmes en France, et pratiquement aucune de femmes dirigeantes.

Souvent co-écrits avec un biographe, ces livres de dirigeants servent parfois d’auto-promotion mais ils ont toujours le bénéfice de transmettre des enseignements, avec des cas concrets à réfléchir, à comparer, et sont souvent étayés d’une certaine vision de départ, souvent décalée et en cela intéressante. A leur lecture, il semble évident que toute femme ayant dirigé ou créé une entreprise pourrait avoir tout autant à partager. La preuve en est qu’aux Etats-Unis certaines se sont lancées, sur le modèle de la biographie au masculin, pour partager les clés de leur ascension, et pour donner des leçons de leadership au féminin (si tenté qu’il existe une façon féminine de diriger) : Sheryl Sandberg de Facebook « En avant toutes », Debra Lee de BET « I am Debra Lee » ou Ursula Bruns et son « Where You Are Is Not Who You Are ». Mais en France, les dirigeantes ne publient pas. Les entrepreneuses comme les board members, les hautes fonctionnaires comme les scientifiques ou chercheuses, ne se racontent pas. Faut-il être une Marie Curie pour oser penser que l’on a quelque chose d’intéressant à transmettre, faut-il avoir eu la vie de Simone Veil pour porter un devoir de mémoire ? 

On trouve bien quelques livres de témoignages sur nos femmes d’entreprises en France, comme celui de Marie Virginie Klein « Comment elles ont osé », ou « Femmes d’altitude » de Sylvie Gilbert, ou encore « Parcours de femmes entrepreneuses en France », qui résume les obstacles et les raisons du succès de 12 entrepreneuses…On y parle uniquement professionnel, pas d’histoires personnelles. Il ne s’agit donc pas d’histoires vraies, vraies dans le sens de la vraie vie : une biographie dans laquelle elles raconteraient leur parcours depuis l’enfance, les rencontres, les amours, le lien à la famille, la maternité éventuelle, et leur parcours professionnel bien sûr, mais remis dans le contexte de ce qui fait une vraie personne : les apprentissages, les croyances, les épreuves, les ressentis propres et singuliers, le regard porté sur soi, le lien au temps qui passe et à la transmission…C’est ce genre de livre qui donne à vivre et à comprendre, à ressentir et à se relier, comme, dans un tout autre domaine, la magnifique biographie d’Annie Ernaux, « Les Années » , qui donne à ressentir et à revisiter notre propre histoire, tant elle fait miroir à toute une génération ayant évolué dans le même contexte social. Elle nous embarque, car il n’y a que du Vrai. Aucune fiction ne peut rivaliser d’intimité avec un récit autobiographique sincère et bien écrit. 

Alors appelons les femmes à raconter leur histoire. Elles ont tant à dire et partager. Pourquoi ne pas prendre le temps de tirer les enseignements, de trouver le fil rouge de votre trajectoire, et de, vous aussi, connaître la joie de transmettre !

Valérie de la Peschardière

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