Récits d'épreuve, biographie familiale ou encore biographie de dirigeante, retrouvez ici quelques extraits de mon travail, anonymisés pour respecter la confidentialité de mes clients.
Quelques extraits de mes écrits
" Voyage vers un autre monde"
Extrait d'une biographie "Au temps de l'or noir".
J’ai 9 ans. Mon Papa est loin. Non, il n’est pas « mort », comme ils disent à l’école. Simplement, il travaille loin. Dans un autre monde. Un monde que je ne connais pas. Il vit à Abu-Dhabi. Je survis à Guéret.
2 Juillet 1978. Cette nuit-là je ne dors pas. Je ne dors pas car demain matin, nous partons le rejoindre. Maman, mon frère et moi. Nous allons passer les vacances d’été à Abu-Dhabi, un endroit que personne ne semble connaître : « Tu vas où ? Au bout de quoi ? – Non, je vais à Abou…Dhabi ! – Connais pas… ».
Lever à 4h15 pour un périple taxi - train - taxi - avion. Quand Maman entre dans ma chambre pour me réveiller, je sens qu’elle est aussi inquiète que je suis excitée.
Pas un mot, on y va. Les choses s’enchainent très vite. J’ai d’abord l’impression de m’enfuir dans l’obscurité de cette fin de nuit. Les valises trop lourdes sur le quai, le cri des rails dans la gare sombre. Puis le lever du jour sur la Beauce, mes yeux qui piquent, fatigués de fixer cet horizon qui bouge, et le ballottement nauséeux d’un train corail rempli de dormeurs endormis-engourdis-vaseux… L’inquiétude sur le visage de Maman, et le silence de mon frère Paul, comme toujours.
"Grand Corps Courage"
Histoire de T. percuté à 21 ans par un chauffard ivre.
J’avais 21 ans. Le soir du 31 Octobre 2021, nous sommes 5 amis, dehors dans la rue. Nous discutons en fumant des cigarettes. C’est tranquille. Je ne vois rien venir. Une voiture déboule. Au volant, un homme totalement ivre. Et c’est une scène de bowling, un violent strike sur 5 quilles humaines. Un strike pas complètement réussi néanmoins, car l’un de nous esquive le bolide.
V., mon meilleur ami, est le premier percuté par la voiture. Transformé en légume, il mourra à l’hôpital le lendemain, débranché sur décision de ses parents. Je suis le deuxième dans l’ordre du choc. Le troisième a été écrasé au niveau des pieds, le quatrième a reçu un projectile dans le visage, et le cinquième a réussi à éviter la trajectoire de l’engin et n’a pas été touché. Mais il a tout vu.
Une voiture nous a roulé dessus, percuté, écrasé. V. et moi étions en première ligne. Nos corps ont comme amorti la course de cette voiture avant qu’elle ne s’encastre dans une devanture de magasin.
Je ne me souviens de rien. Perte de connaissance, puis 2 semaines de coma artificiel, c’est un trou béant. Aucune image. Ni du choc, ni de la voiture, ni du chauffard. Je me souviens seulement des 5 minutes précédentes : cette clope sur les marches d’un magasin avec mes potes. Nous discutions tranquillement.
"Tribune sur la confiance en soi".
Extrait d'un récit d'ex-dirigeante. "Cap' ou pas Cap'"
J’en suis le témoin vivant : certains stéréotypes limitent encore la progression et l’inclusion des femmes à haut niveau, et notamment celui du manque de confiance en soi.
Les coachs parlent d’un manque de confiance “inné”, d’une limite que les femmes se créent elles-mêmes. Et tous les dirigeants, mais aussi toutes les dirigeantes que je connais, le confirment : les femmes ont moins confiance en elles que les hommes. Les essayistes Claire Shipman et Katty Kay en parlent comme d’un fait avéré : “les femmes ont moins confiance en elles que les hommes et c’est l’une des raisons pour lesquelles elles persistent à se heurter au plafond de verre”.
Les coachings ont donc traité cette “défaillance”, ont poussé les femmes à bomber le torse, à oser, à parler plus fort. Mais quel est vraiment ce sujet ? Ont-elles vraiment un problème de confiance en elles ? Ne s'agit-il pas plutôt d’un effet de contexte, de circonstances qui entrainent la perte – temporaire, situationnelle - de confiance en soi ? Comment corriger un manque de confiance en soi sans s'attaquer alors au contexte qui l’a généré ? Et à quoi sert cette mise en confiance forcée dans les coachings si une fois autour de la table du COMEX, leur voix n’est pas entendue et leurs propos peu considérés?
"Sylvie, enfant de la Creuse"
Histoire de Sylvie A., enfant arrachée à sa famille de La Réunion
Je suis ce qu’on appelle « une enfant de la Creuse ». Une enfant volée à ses parents. Comme de nombreux autres, enlevés à leurs familles entre 1962 et 1984, pour cause inimaginable.
Michel Debré, alors Député de l’île de la Réunion avait décidé de repeupler les campagnes françaises avec des enfants de La Réunion. Il a fait envoyer 1015 enfants de l’île vers la Métropole, sans même obtenir un réel accord des parents. On leur faisait croire que leurs enfants partaient pour apprendre un bon métier. On les rassurait en leur promettant qu’ils rentreraient une fois par an au pays. Illettrés pour certains, ne connaissant sans doute même pas le sens du mot abandon, ils ont signé, d’une croix ou d’une empreinte, un simple papier…
Je fais partie de ces 1015 enfants.
Souvenir d’un départ sans un mot
Un jour, on est venus nous chercher. On nous a habillés avec de beaux vêtements de la DDASS. On nous a accompagnés à l’aéroport sans nous dire un mot de ce qui allait se passer. Là, on nous a finalement déshabillés de nos beaux vêtements de la DDASS, et on s’est retrouvés entièrement nus dans l’avion. Nus au milieu d’autres enfants nus, comme nous, qui criaient ou pleuraient. 11 heures de vol. 11 heures pour se retrouver un matin à Orly. Un couple nous attendait. J’ai dit « Bonjour Monsieur, Bonjour Madame ». Et on m’a rétorqué « Non c’est Papa et Maman ».
T., « Grand Corps Courage »
Et toutes les émotions y sont. Valérie n’en rate aucune. Merci pour ce récit si touchant, pour le temps passé et toute cette attention. Le livre est magnifique. Je me sens fière et heureuse pour mes enfants…
L., « Au temps de l’or noir »
A., La Plume Académie